La DGA multiplie les canaux d’information en direction des PME
Les actions d’information que nous menons vers les PME technologiques visent à faciliter leur accès aux marchés de l’armement pour, finalement, faire bénéficier nos programmes des technologies qu’elles maîtrisent. Du fait d’une évolution continue des systèmes de défense vers plus de complexité, l’accès direct des PME aux marchés de la DGA est de plus en plus limité, ce qui réduit leurs possibilités de relations directes avec nous. Les maîtres d’œuvre, qui disposent des moyens de rester en contact permanent avec la DGA, bénéficient d’une bonne perception de ses attentes et sont en mesure d’adapter leur offre en conséquence. Pas les PME. Notre action d’information à destination des PME, en renouant une relation directe avec ces entreprises, vise donc à restaurer une meilleure symétrie de l’information entre les PME et les grands groupes, en leur apportant les connaissances dont elles ont besoin pour orienter leur effort de R&T et se positionner sur les futures commandes de la DGA. Cela ne garantit certes pas l’accès direct à des marchés dont la taille est rarement compatible avec les capacités d’une PME. Mais cela rétablit leur capacité d’initiative. Elles sont ainsi en mesure de mieux faire valoir leurs solutions et leurs technologies aux maîtres d’œuvre qui se verront confier la réalisation des programmes, et de se placer dans leurs chaînes de fournisseurs. L’information qui leur est apportée vise également à les aider à tirer pleinement profit des dispositifs de soutien à l’innovation duale mis en œuvre par la DGA, dispositifs qui peuvent les aider à faire mûrir des innovations qu’elles pourront ensuite proposer aux maîtres d’œuvre.
Nous expliquons aussi à ces derniers que notre intérêt commun est de s’appuyer sur la capacité d’innovation technologique des PME. Notre adhésion au Pacte PME, tout comme l’existence de la commission Défense au sein du Pacte PME, témoigne de notre volonté de défendre cette évolution des relations entre maîtres d’œuvre et PME. Il s’agit de considérer les PME technologiques comme des partenaires dans la durée, dans une logique gagnant-gagnant et non comme de simples fournisseurs dont on cherche à réduire toujours plus les prix sans considération de leur survie.
L’information apportée aux PME prend plusieurs formes. En premier lieu, la DGA élabore deux documents publics - disponibles sur le portail www.ixarm.com - mis à jour tous les deux ans alternativement, qui offrent une synthèse des orientations scientifiques et technologiques de la DGA : le document de politique et d’orientation scientifique (POS), qui concerne les domaines les plus amont de la recherche ; et le Plan stratégique de recherche et technologie (PS R&T), qui traite des domaines technologiques de la recherche appliquée. Ces documents, accessibles en particulier aux PME, leur permettent de connaître les axes d’effort prioritaires de la DGA en matière de R&T et ainsi d’identifier les technologies dont elles disposent et qui sont susceptibles d’intéresser la Défense.
Nous organisons également une fois par an les « ateliers R&T PME » au niveau national. Quelque 300 à 400 entreprises sont alors conviées à une présentation des axes d’effort et orientations technologiques de la DGA abordés selon la structuration en pôles techniques de la DGA. Nous indiquons les domaines technologiques dans lesquels nous cherchons des innovations et des solutions nouvelles pour répondre aux besoins opérationnels exprimés ou pressentis.
Nous tenons aussi chaque année trois forums technologiques, dont l’organisation est confiée au Pacte PME. Focalisés sur un domaine technologique précis, comme les matériaux, ces forums sont conçus dans un format resserré. Parmi les PME qui s’inscrivent, nous en retenons une trentaine dont les compétences apparaissent le plus en rapport avec les attentes de la DGA. Les maîtres d’œuvre industriels concernés sont également conviés. Après une présentation des orientations technologiques de la DGA et des maîtres d’œuvre présents, les entreprises se présentent individuellement. Un même domaine fait périodiquement l’objet de forums. Ces forums se tiennent aussi bien à Paris qu’en province.
En complément des ces deux actions orientées sur la R&T, nous organisons des « conférences de lancement de programme » qui portent sur des nouveaux programmes en cours de lancement. Le principe de ces conférences, organisées avec l’aide du Pacte PME, est d’exposer aux PME, susceptibles d’être intéressées, la nature, les attendus technologiques, le calendrier général et la structure du programme, afin qu’elles puissent identifier leurs atouts et se positionner vis-à-vis des maîtres d’œuvre lors de la sélection des fournisseurs. En 2011, nous avons innové en invitant des maîtres d’œuvre potentiels à présenter leurs attentes vis-à-vis de fournisseurs pour le futur programme. Les PME ont ainsi eu l’opportunité de premiers contacts en marge de la conférence.
Afin d’identifier de nouvelles PME porteuses de technologies d’intérêt et ne travaillant pas encore pour la Défense, nous menons régulièrement des actions de recensement en régions en collaboration avec des acteurs locaux du développement économique (chambres de commerce et d’industrie, conseils régionaux, DIRECCTE). Ces recensements sont suivis d’une action d’information collective au profit des entreprises identifiées, complétée le cas échéant par des contacts individuels sur des thématiques particulières.
De premiers effets de ces actions ont pu être mesurés. Elles ont suscité de nombreux projets RAPID qui nous ont été soumis. Elles nous ont permis de découvrir des entreprises fortes de compétences très prometteuses. Elles ont augmenté significativement les contacts entre les spécialistes de la DGA et les PME, favorisant ainsi l’accès de ces entreprises aux dispositifs de soutien à l’innovation mis en œuvre par la DGA.
Bien sûr, nous ne nous arrêtons pas au financement de projets d’innovations portés par des PME. L’objectif final est bien de voir les résultats les plus intéressants repris dans les programmes d’armement. Pour favoriser la croissance des PME et la pérennisation des technologies développées, il est également important qu’elles puissent mettre en œuvre ces technologies dans des applications civiles, c’est tout le sens de notre soutien centré sur la dualité. À cette fin, nous assurons la plus grande publicité possible autour des projets que nous soutenons et de leurs résultats auprès des maîtres d’œuvre de la Défense, mais aussi du monde civil. Deux illustrations : la liste des projets RAPID est disponible sur le site ixarm. com ; le projet RAPID « Hercule » de la société RB3D a été présenté sur le stand de la DGA au salon Milipol à l’automne dernier, lui conférant une très forte visibilité.
Richard PRIOU, Sous-directeur PME
Le dispositif de subvention RAPID de la DGA
Créé en 2009, en partenariat avec la DGCIS, le dispositif de subvention RAPID (régime d’appui à l’innovation duale) est spécifiquement dédié au financement des projets de recherche industrielle ou de développement expérimental à fort potentiel technologique, présentant des applications à la fois sur des marchés militaires et civils. Initialement adressé aux seules PME, il a été élargi en 2011 aux entreprises de moins de 2 000 salariés. La conception de RAPID est partie du constat d’une inadéquation des PEA (programmes d’études amont) et des marchés publics pour irriguer l’innovation des PME. La durée de décision du dispositif des PEA cumulée au délai de mise en place d’un marché public peut aller jusqu’à deux ans, durée qui n’est pas cohérente avec les échelles de temps des PME. Il fallait donc un dispositif plus réactif et plus léger en termes administratifs pour les entreprises, afin qu’elles puissent se concentrer sur le volet technique et le développement de l’innovation.
Toute PME, seule ou en partenariat, qui souhaite bénéficier d’un RAPID dépose un dossier selon un canevas décrit sur le portail IXARM (www. ixarm.com). Après une analyse d’éligibilité (une semaine), les dossiers retenus sont transmis aux experts de la DGA pour une évaluation technique (intérêt de la technologie pour la Défense, existence d’un marché civil, maturité, etc.) d’une durée de cinq à neuf semaines. Parallèlement, la DGCIS fait une analyse de la solidité financière des acteurs, au regard du coût du projet et du financement demandé. Les conclusions de ces analyses sont examinées par un comité de sélection conjoint DGCIS-DGA qui statue sur les dossiers à retenir. En moyenne, le processus dure quatre mois.
La DGA promeut le dispositif RAPID auprès des entreprises de multiples façons : via les actions de communication de la DGA (journées « ateliers R&T et PME », forums technologiques organisés avec l’appui du Pacte PME), à l’occasion de salons et manifestations rassemblant des entreprises, et via le site du Pacte PME qui redirige vers le portail IXARM. La DGA mène également des actions collectives en régions, en collaboration avec les conseils régionaux ou les chambres de commerce et d’industrie, afin d’identifier de nouveaux acteurs PME et les informer des dispositifs qu’elle peut leur proposer, dont RAPID.
Le gain pour la DGA, c’est de bénéficier de la capacité d’innovation technologique des PME dans les domaines prioritaires pour les futurs programmes d’armement. À ce jour, plus de 150 projets ont été sélectionnés – ils sont tous encore en cours – représentant un montant total de plus de 140 M€ pour un montant d’aide financière total de 85 millions d’euros. Soutenir des projets duaux, c’est aussi permettre aux entreprises de pérenniser les technologies développées et de croître grâce au marché civil, ce que ne peut pas garantir le seul marché de la Défense du fait de la longueur des cycles des programmes d’armement et des quantités limitées commandées. C’est pour la DGA un gage d’efficacité et de pérennité de l’innovation financée par ce biais.
Richard PRIOU, Sous-directeur PME